12Déc

Ces dernières années au Sénégal, les zones côtières ont pu bénéficier de mesures d’adaptation plus durables grâce aux financements levés par l’Etat et ses partenaires, à travers notamment le Fonds d’adaptation. Ces mesures concernent principalement la construction d’ouvrages de protection (remblais, digues, mur de soutènement, …) et la préservation de la biodiversité. 

Le Sénégal ne fait toutefois pas exception dans le grand groupe des pays en développement dont les besoins pour faire face aux calamités naturelles sont de cinq à dix fois plus élevés que les financements publics qui y sont consacrés. On se pose par ailleurs la question de l’accès des communautés à ces opportunités de financement ainsi que leur implication dans la conception et la mise en œuvre des projets élaborés dans le cadre de ces mécanismes. En effet, malgré leur riche expérience et leurs connaissances en matière de résilience, celles-ci n’exercent souvent aucune influence dans la prise de décision et les actions qui les concernent le plus. Les groupes économiquement et socialement vulnérables ou marginalisés- en particulier les femmes et les jeunes – qui sont les plus touchés par le changement climatique n’ont pas toujours la possibilité d’utiliser leur voix dans les processus de planification et de mise en œuvre de l’action climatique.

C’est dans ce contexte que Palmarin a accueilli du 26 au 29 novembre 2023 un camp d’action climatique des communautés insulaires et côtières en préparation de la COP28. Porté par JVE Sénégal, Oxfam au Sénégal, et le consortium African Activists for Climate Justice, l’événement met en lumière les récits poignants des communautés sur les « Pertes et Dommages ». Ces témoignages soulignent l’urgence d’agir pour atténuer les conséquences du changement climatique et renforcent l’appel à des actions significatives lors de la prochaine conférence des parties à Dubaï. 

Pour les aider à élever leurs voix, la thématique « histoire de nos pertes et dommages » a été abordée durant la première journée. Ainsi, la voix des communautés côtières et insulaires s’est faite entendre à travers des récits poignants et un plaidoyer a été porté à l’endroit des décideurs.

 Parmi les récits, nous notons les contributions suivantes :

  • Ndeye Yacine Dieng, Coordonnatrice du Club LMT (Les micros de la Transition) de Bargny et Présidente Avec Bargny : « La mer avance vers nous détruisant nos matériels, nos maisons et autres infrastructures…Elle est à nos portes. Il faut se mobiliser pour exiger une justice climatique et faire entendre la voix des communautés impactées à la COP28. »
  • Chérif Samsidine Sarr, Président du Réseau des îles de la basse Casamance : « Le changement climatique affecte toute la chaine du bien-être des populations des îles de la basse Casamance. Les îles sont entourées d’eau salée et dans les puits, il n’y a pas d’eau douce. »
  • Fama Sarr, Femme transformatrice à Saint Louis : « Les populations ne profitent pas de la finance climatique. Et pourtant, elles sont les plus impactées par les changements climatiques. Les pollueurs doivent payer ! »

 « Comment agir pour se faire entendre » était le thème de la deuxième journée. A l’issu de celle-ci, des podcasts ont été enregistrés avec tous les participants. 

La troisième journée a rassemblé toutes les communautés présentes au Camp autour d’une caravane de sensibilisation et de mobilisation communautaire dans les îles du Delta du Saloum précisément à Niodior. 

A l’issu du Camp : 

  • Au moins 15 organisations de jeunes et de femmes issues ou travaillant avec les communautés des villages insulaires de la sous-région ont été connectés et mis en réseau ; 
  • Au moins 25 participants jeunes et des femmes ont vu leurs capacités d’influence et de leadership renforcé à travers les différentes sessions d’apprentissage mutuel ; 
  • Un narratif inclusif qui plaidera pour la construction de trajectoires d’adaptation basées sur les besoins et les droits des groupes marginalisés et mis en œuvre localement a été élaboré ; 
  • Des supports audiovisuels pour la diffusion de ce narratif ont été produits : podcasts, capsules vidéo, … 
  • Et un plan d’actions conjointes mettant en avant des moyens d’action innovants a été élaboré.

Les communautés côtières et insulaires se sont prononcées  sur leurs vécus et attendent que leurs voix soient élevées dans les instances de décision lors de la COP28.